Créer une ruelle verte, un projet collectif pour embellir son quartier
Et si votre ruelle devenait un moyen concret d’agir pour l’environnement tout en améliorant votre milieu de vie?
Partout à Montréal, des citoyennes et citoyens se mobilisent pour transformer leur ruelle en un espace plus vert, plus convivial et plus sécuritaire. Derrière chaque projet se cachent des démarches, des discussions entre voisins, des ajustements techniques… mais aussi des rencontres, des réussites et beaucoup de fierté.
Pour mieux comprendre ce qui se passe entre l’idée de départ et la première plantation, nous avons croisé les regards de Mélissa Le Guerrier, Coordonnatrice de l’Éco-quartier de Rosemont–La Petite-Patrie et Louisa Schraeder, agente de projet, toutes deux employées de Nature-Action Québec (NAQ) et impliquées dans le programme des Ruelles Vertes ainsi que du comité citoyen de la ruelle Marconi-Joseph-Tison, dans l’ouest de La Petite-Patrie.

Source: NAQ)
Une ruelle verte, bien plus qu’une histoire de plantes
Une ruelle verte est une ruelle transformée par des riveraines et riverains, avec l’appui d’un Éco-quartier, d’un arrondissement ou d’autres partenaires, pour créer un espace plus favorable à l’environnement, aux jeux et à la vie de quartier.
Dans les faits, les motivations vont souvent au-delà du verdissement. On veut un espace plus beau, plus calme, plus sécuritaire et plus agréable pour les enfants, les voisins et les personnes qui circulent dans le quartier.
C’est exactement ce qu’ont vécu Jean-Philippe, Eddy et Gabrielle du comité citoyen de la ruelle Marconi-Joseph-Tison. Avant le projet, l’espace était surtout utilisé comme raccourci automobile.
« C’était une bande d’asphalte craquelée, surchauffée, servant de piste d’accélération devant une intersection vraiment dangereuse. »
L’objectif était donc simple et concret : apaiser les passages, embellir l’espace et redonner à la ruelle une vocation plus agréable pour les personnes qui vivent autour.
Du côté de Nature-Action Québec (NAQ), Mélissa et Louisa observent que cette motivation revient souvent. Les familles et les comités citoyens souhaitent généralement créer des milieux de vie plus conviviaux, plus sécuritaires et plus près de la nature. L’environnement est au cœur du projet, mais le facteur humain est tout aussi important.
Avant les plantations : beaucoup de mobilisation

Source: la ruelle Marconi-Joseph-Tison avant les travaux de verdissement
Lorsque l’on voit une ruelle fleurie, on pense spontanément aux végétaux, aux bacs, aux plates-bandes ou aux aménagements. On voit moins tout le travail qui précède : former un comité, parler aux voisins, répondre aux questions, recueillir les appuis nécessaires et maintenir l’élan du groupe.
C’est là que l’accompagnement de Nature-Action Québec prend tout son sens. Mélissa et Louisa, comme d’autres employé(e)s impliqué(e)s dans les ruelles vertes, font le lien entre les citoyennes et citoyens, l’arrondissement et les équipes techniques. Elles soutiennent les comités dans la mobilisation, les ateliers de co-création, la validation des idées et les échanges nécessaires pour faire passer une intention citoyenne à un projet réalisable.
Dans la ruelle Marconi-Joseph-Tison, l’adhésion du voisinage a été plus rapide que prévu.
« Tout le monde était tellement d’accord dès le jour 1. Beaucoup plus facile que prévu. »
Même son de cloche lors de la collecte des appuis. Le comité s’attendait à devoir expliquer, convaincre ou débattre. Finalement, l’accueil a été très positif.
« On s’attendait à avoir des discussions ou des débats. En réalité, c’était le référendum le plus facile de l’Histoire. »
Cette adhésion n’est toutefois pas automatique. Dans certains projets, des personnes peuvent avoir des questions sur l’entretien, les usages de la ruelle, la sécurité ou le stationnement. Le rôle de l’équipe est alors d’informer, de rassurer et d’aider le comité à garder le projet rassembleur.
Quand le projet devient réel

Source: plantation dans la ruelle Marconi-Joseph-Tison, NAQ
Après plusieurs mois de démarches, un moment marque souvent les esprits : celui où la transformation commence enfin à se voir.
Pour le comité de Rosemont, ce moment est arrivé avec la première intervention dans l’asphalte.
« Quand on a entendu la pépine faire le premier trou dans l’asphalte, on a su que c’était parti. Il y a eu une pluie de textos de célébration dans le groupe des voisins! »
La plantation initiale, réalisée à l’automne dernier, est aussi restée comme un souvenir fort : celui d’un projet d’équipe porté par le comité, les voisins, l’Éco-quartier et l’arrondissement.
Pour Mélissa et Louisa, ces journées comptent souvent parmi les plus marquantes. Les citoyennes et citoyens voient enfin le résultat de leurs efforts, et la ruelle devient un espace qu’ils peuvent s’approprier ensemble.
Des retombées qui dépassent le verdissement
Les ruelles vertes contribuent à soutenir la biodiversité urbaine, à diminuer les îlots de chaleur et à améliorer la qualité des milieux de vie. Elles peuvent aussi encourager le jeu libre, les déplacements actifs, les rencontres et le contact avec la nature à proximité du domicile.
Mais ce sont parfois les petits changements du quotidien qui racontent le mieux leur impact.
Dans la ruelle Marconi-Joseph-Tison, les membres du comité disent maintenant y passer tous les jours, parfois même en faisant volontairement un petit détour.
« Le bruit d’une accélération d’un vieux moteur a été remplacé par le doux son de pas ou d’un vélo sur la gravelle. »
Les enfants participent aussi à la vie de la ruelle : arrosage et petits travaux d’amélioration continue. Pour les familles, prendre soin de ce petit espace vert fait maintenant partie du quotidien.
Le projet rayonne également au-delà des résidences directement voisines. Des personnes habitant à plusieurs rues de distance sont venues aider à planter et à arroser les végétaux. Aujourd’hui encore, les passants s’arrêtent, sourient ou remercient lorsqu’ils voient les citoyens prendre soin de l’espace.
Pour Mélissa et Louisa, c’est souvent là que l’on mesure la portée d’une ruelle verte. Les gens veulent d’abord transformer un lieu, puis découvrent qu’ils peuvent aussi créer des liens, développer un sentiment d’appartenance et agir ensemble, juste à côté de chez eux.
Un exemple inspirant, à adapter à chaque ruelle

Source: la ruelle Marconi-Joseph-Tison après les travaux de verdissement, Eddy Santo Domingo
L’histoire de la ruelle Marconi-Joseph-Tison est unique, mais elle illustre une démarche accessible : une idée portée entre voisins, un comité qui se forme, un accompagnement structuré, puis une transformation concrète du milieu de vie.
Chaque projet demeure adapté à son contexte : les usages de la ruelle, les besoins du voisinage, les contraintes techniques et les possibilités d’entretien. L’objectif n’est pas de reproduire un modèle à l’identique, mais de créer un espace qui répond aux réalités du milieu.
À Rosemont, le comité souhaite d’ailleurs poursuivre la transformation dans l’autre portion de la ruelle, signe que le projet a donné envie d’aller plus loin.
Envie de verdir votre ruelle?
Une ruelle verte peut commencer simplement : une conversation entre voisins, une envie d’embellir le quartier, une préoccupation pour la sécurité, la fraîcheur ou la qualité de vie.
Si une ruelle de votre voisinage pourrait gagner en verdure ou en convivialité, parlez-en autour de vous, rassemblez quelques personnes motivées et informez-vous auprès de votre arrondissement ou de votre Éco-quartier.
Comme le montre l’expérience du comité Marconi-Joseph-Tison, quelques mètres d’asphalte peuvent devenir un espace dont on prend soin, où l’on se croise et où le quartier reprend vie, une étape à la fois.
Merci à Jean-Philippe, Eddy et Gabrielle pour leur participation à la rédaction de cet article.
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