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Infos pratiques

L’état de la biodiversité dans le sud du Québec

La biodiversité, ça nous concerne tous!

Le terme biodiversité est formé des mots biologique et diversité. Il s’agit donc d’un terme pour représenter la diversité biologique sur Terre. En effet, la biodiversité est le résultat de la multiplication des espèces sur la planète et leur évolution depuis 3,5 milliards d’années. C’est ce qui a créé le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui! Ainsi, les êtres vivants sont reliés entre eux et leurs relations ont des impacts sur la diversité génétique et la survie des espèces. En résumé : sans biodiversité peu d’espèces peuvent subsister. 

Au Québec, on retrouve plus de 40 000 espèces vivantes. Parmi celles-ci, plus de 150 espèces fauniques ou floristiques sont en situation précaire. De ce nombre, 20 espèces sont désignées comme étant menacées, 18 vulnérables et 115 susceptibles d’être désignées menacées ou vulnérables en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables (LEMV), entrée en vigueur en 1989.

Le gouvernement du Québec a annoncé le 5 décembre 2022 l’ajout de 38 nouvelles espèces sur cette liste dont 27 espèces fauniques et 11 espèces floristiques. Certaines espèces changent de statut comme la rainette faux-grillon qui est passée de « vulnérable » à « menacée ».

 

Ces ajouts et changements de statut ne sont pas suffisants, mais sont un premier pas vers une protection plus poussée de ces espèces. Par exemple, malgré les efforts de protection, cette petite grenouille a en effet subi les effets de la dégradation de son habitat durant les dernières décennies. Ainsi entre 2004 et 2014, 28 % des étangs de reproduction de l’espèce ont été détruits et alors qu’on retrouvait 9 métapopulations en 2004, il ne semblait en subsister que 6 en 2014 (source : Picard, I. 2015).

Comprendre l’importance de la biodiversité

La nature offre de nombreux services, que l’on nomme services écologiques. La biodiversité est au cœur de ces services dont l’humain et d’autres espèces ont besoin pour survivre.

 

Quelques exemples de services écologiques :

 

  • Séquestration du carbone par les végétaux et les écosystèmes, tels que les tourbières
  • Filtration de l’eau
  • Apport en biens matériels, par exemple le bois pour se chauffer et pour s’abriter et les matières pour se vêtir comme le coton et le lin
  • Protection contre l’érosion et les catastrophes naturelles (glissements de terrain, inondations, etc.)
  • Pollinisation par les insectes et fertilité des sols grâce aux microorganismes
  • Bien-être et impact positif sur la santé mentale des espaces verts
En bref, si on perd de la biodiversité, on perd des services écologiques! 

Un exemple concret de l’importance de la biodiversité : les pollinisateurs et les plantes

 

Si en raison de polluants les abeilles meurent, ces dernières ne pourront plus jouer leur rôle essentiel pour la biodiversité, soit la pollinisation. Lorsque les abeilles cessent de polliniser les fleurs d’une plante, les fruits de cette dernière ne pousseront plus et la plante cessera donc de se reproduire. Ainsi, l’espèce ne pourra survivre à long terme et la biodiversité déclinera en raison de la disparition d’espèces. 

La biodiversité dans le sud du Québec

Le Québec est un vaste territoire de 1,7 million de kilomètres carrées, dont une grande partie se trouve au nord du 49e parallèle. Plus de 40 000 espèces peuplent le Québec et ses différentes entités naturelles, sur terre ou en milieux humides ou aquatiques (toundra, taïga, forêt feuillue, fleuve Saint-Laurent, etc.). Sa biodiversité est toutefois plus riche au sud, en raison des conditions climatiques plus clémentes. Le Québec est donc un lieu de grande biodiversité en Amérique du Nord. Toutefois, cette dernière est menacée à plusieurs endroits et en raison de facteurs variés.

Les menaces

Puisque le sud du Québec est à la fois un haut lieu de biodiversité et la région de la province la plus habitée, des pressions importantes sont exercées sur les espèces qui s’y trouvent. Les changements climatiques, les espèces exotiques envahissantes, mais surtout et malheureusement l’humain, menacent l’équilibre de plusieurs milieux naturels, incluant des habitats essentiels pour plusieurs espèces en situation précaire. 

Des pressions anthropiques (de cause humaine) importantes
  • Le développement
    Les milieux naturels sont de moins en moins nombreux et connectés entre eux en raison de l’étalement urbain et du développement très rapide dans certaines régions du sud du Québec qui détruit ou dégrade des milieux préalablement grouillants de vie. Le morcellement des écosystèmes fragmente les habitats et de nombreux problèmes en découlent (effet de lisière, disparition de la forêt d’intérieur, augmentation de la prédation et introduction d’espèces envahissantes, par exemple).

 

  • La pollution
    Les voitures, les déchets, les émissions industrielles et autres n’ont parfois pas d’impact immédiat et visible à nos yeux, mais ils ont tout de même des conséquences graves pour la biodiversité. 

 

  • L’exploitation des ressources naturelles et la déforestation
    L’exploitation de certaines régions se fait sans égard, ou presque, à la nature. La foresterie, les mines, gravières, sablières et autres exploitations commerciales faites par l’humain menacent dans bien des cas la biodiversité des lieux où ils ont cours et celle environnante. 

 

  • L’exploitation agricole
    Les terres agricoles très nombreuses dans le sud du Québec, et particulièrement en Montérégie, sont très fertiles et exploitées au maximum, souvent sans autres espèces préservées que celles cultivées, ce qui n’est pas favorable pour la biodiversité! 

 

  • L’activité récréotouristique
    Les loisirs, s’ils ne sont pas bien encadrés, peuvent entraîner la pollution de milieux naturels, le piétinement ou encore le dérangement/déplacement d’espèces. 
Autres pressions sur la biodiversité
  • Les espèces exotiques envahissantes (EEE)
    Les EEE sont des espèces animales, végétales, fongiques, etc. qui ont été introduites en dehors de leur aire de répartition naturelle. Leur propagation ainsi que leur établissement représentent une menace d’un point de vue environnemental, social, économique et sanitaire. Elles ont des impacts majeurs sur la biodiversité locale en plus d’engendrer d’importants coûts sur le plan socio-économique. 

 

  • Les changements climatiques
    Les changements climatiques affectent le sud du Québec en aggravant divers phénomènes comme la fréquence et l’intensité des épidémies d’insectes, des canicules et des inondations. Ils favorisent la propagation d’espèces exotiques envahissantes et l’altération d’habitats, ce qui entraîne notamment le déplacement d’espèces vers le nord.  
Faits saillants

Plus des 2/3 des espèces menacées ou vulnérables (69,5 %) sont en déclin au Québec. Cette tendance est plus forte chez les végétaux (73,1 %) que chez les animaux (49,3 %). Sur le plan des régions administratives par exemple, la Montérégie (171 espèces) et l’Outaouais (143 espèces) se révèlent beaucoup plus riches en espèces menacées ou vulnérables que les autres régions du Québec.

La grande majorité des occurrences d’espèces menacées ou vulnérables sont situées hors du réseau des aires protégées. Au sud du 49e parallèle, la tenure des terres est principalement privée, en particulier dans les Basses-terres du Saint-Laurent. Or, malgré les efforts considérables investis par les organismes de conservation pour l’acquisition de milieux naturels à des fins de protection, et du financement accru des gouvernements pour les soutenir au cours des dernières décennies la conservation en terres privées présente toujours de nombreuses lacunes.

Source  : Tardif, B., G. Lavoie et Y. Lachance. 2005. Atlas de la biodiversité du Québec. Les espèces menacées ou vulnérables. Gouvernement du Québec, ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, Direction du développement durable, du patrimoine écologique et des parcs, Québec.

Article rédigé en collaboration avec Léa Bouttier, biologiste et gestionnaire des milieux naturels de la direction Conservation de Nature-Action Québec.

Sources :
Picard, I. 2015. Portrait détaillé de la rainette faux-grillon en Montérégie en 2014 : 10 ans plus tard. Rapport présenté à Ciel et Terre, Longueuil, Québec. 92 pages + 8 annexes.