Des projets pour venir en aide à la rainette faux-grillon de l’Ouest
Photo d’en-tête: NAQ
Les réserves naturelles du Bois-de-Brossard et du Boisé-Du-Tremblay (BDT) sont des milieux naturels essentiels pour la faune et la flore. Ensemble, elles couvrent plus de 530 hectares protégés.
Ces milieux jouent notamment un rôle crucial pour la rainette faux-grillon, une petite grenouille à statut précaire au Québec. Pour se reproduire, cette espèce dépend de milieux humides bien connectés, comme des étangs temporaires qui apparaissent au printemps. En 2025, Nature-Action Québec (NAQ) a lancé deux projets pour réduire les impacts liés à la fréquentation par les véhicules hors route (VHR) sur l’habitat de cette rainette et aux inondations causées par les barrages de castor.
Protéger pour mieux profiter : la rainette faux-grillon et la gestion responsable des sentiers VHR
Malgré leur statut de protection, les réserves naturelles du Bois-de-Brossard et du BDT subissent encore les effets de la circulation non autorisée de véhicules hors routes (VHR). Cette utilisation entraîne plusieurs impacts négatifs : formation d’ornières, érosion des sols, dégradation des milieux humides et propagation d’espèces exotiques envahissantes.
Ces perturbations augmentent également les risques pour la faune fragile, en particulier les amphibiens et les reptiles.
Pour répondre à ces enjeux, NAQ a mis en place un projet structurant visant à réduire durablement la circulation non autorisée dans ces milieux sensibles, tout en favorisant une meilleure compréhension des enjeux par le public.
Actions réalisées sur le terrain
1-Installer des barrières adaptées
Deux barrières en forme de « V » ont été installées à des points stratégiques, là où les impacts des VHR étaient les plus importants. Ces installations permettent de bloquer l’accès aux zones sensibles, tout en respectant les règlements municipaux et le statut de réserve naturelle.

Source: NAQ, barrière au boisé Du Tremblay
2-Restaurer les sentiers informels par la plantation
Au Bois-de-Brossard, certains sentiers créés de façon informelle par les VHR ont été fermés grâce à des plantations. Plus de 800 arbres et arbustes indigènes ont été plantés dans trois secteurs fortement dégradés.
Ces plantations servent à la fois à restaurer la végétation, à recréer des obstacles naturels durables et à limiter la création de nouveaux sentiers par contournement.

Source: NAQ, plantations
3-Informer, expliquer et sensibiliser
Pour encourager l’adhésion du public, des panneaux d’interprétation ont été installés aux entrées principales des réserves naturelles. Ils expliquent pourquoi certains sentiers sont fermés et quels sont les impacts des VHR sur les milieux naturels.
Des panneaux temporaires ont aussi été ajoutés dans les zones revégétalisées pour encourager leur respect durant les premières années de régénération.
Sauver la rainette faux grillon de l’Ouest, une histoire d’eau… et de castors
Pour compléter son cycle de vie, la rainette faux-grillon de l’Ouest dépend d’étangs temporaires. Ces étangs se remplissent au printemps, puis s’assèchent progressivement. Cette sécheresse saisonnière empêche l’installation de poissons prédateurs, ce qui permet à la rainette de se reproduire avec succès.
Mais qu’arrive-t-il lorsqu’un castor, résident aussi du milieu naturel, créé un barrage et cause une inondation? Le niveau d’eau des étangs augmente, les transformant en plans d’eau permanents.
Pour favoriser la cohabitation entre ces deux espèces, NAQ a installé trois types d’infrastructures adaptées durant l’été 2025.
1-Le flotteur Leclair

Source: Carle-Pruneau et al., 2024)
Le flotteur Leclair est un système de contrôle du niveau de l’eau composé de tuyaux installés à travers un barrage de castor. Il permet à l’eau de s’écouler de façon constante, sans empêcher le castor d’entretenir son barrage. En stabilisant le niveau d’eau, ce dispositif limite les inondations vers les étangs utilisés par la rainette faux‑grillon de l’Ouest.
- Source: NAQ, flotteur Leclair
- Source: NAQ, flotteur Leclair
2- Le cône anti-castor
Les castors ont tendance à boucher les ponceaux pour élever le niveau de l’eau. Pour contrer ce comportement, les équipes de NAQ ont installé un cône anti-castor à l’entrée d’un ponceau. Cette structure empêche l’animal d’y accumuler des branches et de la boue, ce qui réduit les risques d’inondation non désirée vers les étangs de reproduction de la rainette.

Source: NAQ, cône anti-castor
3- Le grillage de protection des arbres
Pour réduire les matériaux disponibles à la construction de barrages, des grillages métalliques ont été installés autour d’arbres appréciés du castor, comme le peuplier faux-tremble. Le grillage empêche l’animal de les gruger et contribue à limiter l’expansion du barrage.

Source: NAQ, grillage
Ces interventions démontrent qu’il est possible de protéger la rainette faux‑grillon, tout en tenant compte de la présence du castor, lorsque les actions sont ciblées et adaptées aux réalités du milieu.
La chouette rayée, un symbole de nos forêts québécoises
La chouette rayée (Strix varia) est un rapace nocturne emblématique des forêts du Québec. Elle partage parfois son habitat avec la rainette faux-grillon de l’Ouest, notamment dans les forêts situées à proximité des milieux humides. Reconnaissable à son plumage brun rayé et à ses grands yeux sombres, la chouette rayée est surtout active au crépuscule et durant la nuit.

Source: Nature-Action Québec
Cette espèce dépend fortement des forêts matures, en particulier de celles qui contiennent des arbres âgés, creux ou morts. Ces arbres lui servent d’abris et de sites de nidification. La fragmentation forestière et la coupe des vieilles forêts réduisent donc les habitats disponibles pour la chouette rayée.
Protéger les forêts matures, maintenir des corridors écologiques et conserver les arbres morts ou creux sont des actions essentielles pour assurer sa survie. La présence de la chouette rayée constitue un indicateur précieux de la santé des écosystèmes forestiers : la protéger, c’est aussi préserver l’ensemble de la biodiversité forestière du Québec.
Les mesures de conservation mises en place pour protéger une espèce peuvent donc avoir des impacts positifs sur l’autre.
Cet article a été rédigé dans le cadre du projet Accélérer la conservation dans le sud du Québec (ACSQ) pour lequel Conservation de la nature Canada a reçu une aide financière du gouvernement du Québec et dans le cadre du Fonds canadien pour le nature octroyé par Environnement et Changement climatique Canada.
Sources :
Carle Pruneau, E., Arsenault, M., Brousseau, M., Rosner, S., Fink, J., Groux, F., & Tremblay, P. (2024). Plan d’intendance et de gestion des étangs de castors dans l’habitat de la tortue mouchetée. Centre d’enseignement et de recherche en foresterie de Sainte Foy inc. (CERFO). Rapport CERFO, 44 p.
Gouvernement du Québec. (2025). Habitat de la rainette faux‑grillon de l’Ouest.
Ministère des Ressources naturelles et des Forêts. (2016). Chouette rayée (Strix varia) : habitat, reproduction et descripteurs biologiques dans les forêts feuillues matures. Gouvernement du Québec. Rapport basé sur une synthèse du modèle FISI et des préférences d’habitat des oiseaux de proie forestiers.
UQROP. (2023). Fiche d’écologie et de biologie de la chouette rayée (Strix varia). Université du Québec à Rimouski – UQROP.

