Les chroniques naturalistes de l'Île-des-Soeurs - Splendeurs printanières

Lentement, mais inexorablement, le printemps arrive! Avec lui, c’est le retour des oiseaux, l’apparition des feuilles dans les arbres, des fleurs en sous-bois, sans oublier les allergies…
 

Pour souligner ce moment magique, le comité des habitats naturels de l’Île-des-Sœurs, conjointement avec Nature-Action-Québec, vous propose une série de quatre chroniques naturalistes.


Splendeurs printanières

Serge Bellemare vous parle des fleurs printanières qui profitent des premières chaleurs et de l’absence de feuilles dans les arbres pour tapisser nos sous-bois.

Trésors cachés, secrets bien gardés, voilà ce que je vous invite à découvrir.

En effet, chaque printemps dans les sous-bois, un petit miracle se répète discrètement: pour une courte période de quelques semaines surgissent du sol une multitude de fleurs magnifiques qui disparaîtront faute de soleil dès que les feuilles des arbres seront en place. Je vous en présente quelques-unes ici, espérant vous donner la piqûre…

Il est tout indiqué de passer d’abord à la bibliothèque ou chez votre libraire pour vous procurer un bon livre d’identification des plantes sauvages printanières. D’autres préféreront fouiller dans Internet. Comme c’est une saison humide, il convient de se chausser en conséquence; heureusement les moustiques ne sont pas encore au rendez-vous. Mais attention, pour pouvoir profiter du spectacle année après année, évitez de sortir des sentiers ou de cueillir quelque plante que ce soit.

Le Symplocarpe (photo 1) part le bal, pour ne pas dire qu'il brise la glace. Suite à une réaction chimique, la thermogénèse, la fleur, ou spathe, est 15 à 30 °C plus chaude que son entourage, ce qui lui permet de percer la neige et la glace dans les endroits marécageux.  La pollinisation est assurée par les premiers insectes du printemps attirés par la chaleur mais aussi l’odeur de viande avariée dégagée par la plante, d’où son autre nom : le Chou puant ou Skunk cabbage en anglais.

Dès que vous avez aperçu ce fameux skunk cabbage, le signal est donné, vous savez que vous devez revenir au bois chaque semaine pour ne rien manquer.

Vous apercevrez d’abord de petites pousses qui vous mettront l’eau à la bouche; puis commenceront à se dessiner les fleurs qui vous permettront l’identification finale de vos découvertes.

Aussitôt que le temps se réchauffe, une des premières fleurs à faire son apparition est le Trille rouge (photo 2), facilement reconnaissable à ses trois pétales rouge foncé, ses trois sépales verts et ses trois grandes feuilles. Sa croissance est très lente, exigeant parfois jusqu'à dix ans avant la première floraison.

Vous aurez peut-être ensuite la chance de voir la Sanguinaire du Canada (photo 3), discrète et délicate avec ses 8 à 16 pétales blancs et ses étamines jaunes. Désignée espèce vulnérable à la récolte au Québec, elle bénéficie de la protection de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables. Les Amérindiens tiraient de son latex une teinture rouge pour le visage, le corps et les vêtements.

Ne manquez pas de dénicher le Petit prêcheur, perdu dans le feuillage ambiant. Quelle splendeur! Cette plante d'ombre doit son nom à sa ressemblance avec un prêcheur se tenant en chaire.

L’Érythrone, toute jaune, sera la plus gaie. La feuille peut se manger bouillie comme un légume. Le bulbe est aussi comestible, mais vomitif à trop forte dose. Les feuilles étaient  utilisées par les autochtones en cataplasme sur une enflure ou un ulcère pour accélérer la cicatrisation.

Plus petite, la Dicentre à capuchon complète son cycle de croissance tôt en saison avant même que les feuilles des érables ne se soient déployées.

Si vous observez bien, vous remarquerez la Claytonie de Virginie, espèce à statut précaire dont l’odeur est comparable à celle du lilas.

Et voilà, c’était en rafale une brève présentation de quelques-unes de nos fleurs des bois, éphémères mais Ô combien magnifiques!

Serge Bellemare

 


Si cette chronique vous inspire et vous donne envie de vous impliquer dans la gestion des milieux naturels de l’Île-des-Sœurs au sein du comité des habitats naturels, contactez elise.belanger [at] nature-action.qc.ca (Élise Bélanger), chargée de projet à Nature-Action-Québec au 450 536 0422 poste 237).